Un pan de notre jeunesse vient de s'écrouler.

Catherine nous a quittés...

 

 

 

Texte de Jean-Éric SCHOETTL, lu avec grande émotion par Catherine GOLOVANOFF

 

Voici donc les Chansonniers réunis et moi qui fais défaut.

Si je manque à l’appel, c’est par suite d’une malencontreuse erreur de calculs … rénaux. 

Une erreur qui me ravit à vous pour cause d’extraction de ces concrétions indésirables qui vous tourmentent à intervalles irréguliers à partir d’un certain âge.

J’en suis doublement peiné : de ces fichus caillous et de ne pas être des vôtres en un moment comme celui-ci.

Un flash back hors les murs, hors le temps.

Résilience de l’enfance et de l’amitié.

Gloire à tous les organisateurs de ces retrouvailles ! 

Reconnaissance éternelle à Gérard de nous avoir ramenés dans son filet de pêcheur d’âmes, d’avoir mené à bien cette quête incroyable, d’avoir déployé l’éventail de nos vies dont beaucoup sont des romans ! 

C’était avant-hier et c’est, dans nos cœurs, encore palpitant : il suffit de souffler la poussière, de percer le mensonge des rides, d’écarter l’imposture des maladies.

Il suffit de retrouver dans vos regards les mines enjouées, disposes et candides des chenapans dont Michel Singer a retrouvé les caricatures dans ses archives.

Le royaume de notre enfance existe toujours : il y a toujours, quelque part dans l’espace temps, des parties de ballons priso, des parties de volley, des courses de vélo, des rallies à mystères, des jeux de momies, des chahuts nocturnes, des pièces de théâtre, des petits flirts qui s’esquissent, qui s’osent ou qui s’ignorent.

Il y a toujours le grenier, la grange, l’étang, le puits, le bois, le banc et les huit frères bouleaux qui sentaient si bon la Russie. 

Il y a toujours Igor et Nastia.

Il y a toujours Jacques Mastalski soufflant dans son sifflet de moniteur, Daniel Klébaner récitant un poème, Jean-Louis Sellier grattant sa guitare.

Il y a toujours dans une dimension parallèle, dans la dimension du rêve et du souvenir, dans la dimension où vivent les personnages des contes, notre petite troupe d’enfants. 

Une dimension juste un peu décalée de la nôtre.

Décalée des problèmes du présent, proche pourtant des catastrophes du passé dont tant d’enfants de la Chanson étaient, sans bien s’en rendre compte, si directement héritiers.

Peut-être nos rires d’alors exorcisaient-ils les horreurs d’hier : puissent-ils exorciser les horreurs d’aujourd’hui.